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Monday, January 12, 2026

[Opinion] Ramgoolam-Bérenger : l’éternel duel!

Depuis plusieurs mois, les relations entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam sont marquées par des tensions persistantes, malgré leur alliance au pouvoir au sein de l’Alliance du Changement.

En décembre 2025, Paul Bérenger déclarait que 2026 serait une année décisive pour le MMM, un message perçu comme un avertissement politique clair. Début 2026, il a réitéré publiquement ses préoccupations en appelant à un « nouveau démarrage » de l’alliance gouvernementale, estimant que plusieurs dysfonctionnements internes, déjà signalés, n’avaient toujours pas été corrigés.

Ces tensions mettent en lumière une réalité plus profonde : l’Alliance du Changement apparaît de plus en plus comme une alliance dénaturée, dont l’objectif premier était avant tout d’écarter le MSM du pouvoir, plutôt que de bâtir un projet politique commun, structuré et durable. Construite sur une nécessité électorale, cette coalition a atteint son but immédiat, mais se heurte désormais à ses propres contradictions internes une fois l’adversaire politique neutralisé.

Les lignes de fracture portent essentiellement sur la gouvernance et l’exercice réel du pouvoir :

– la méthode et le rythme de prise de décision ;
– la centralisation des arbitrages ;
– les promesses électorales non tenues ;
– la police et les questions de law and order ;
– les nominations dans les institutions et organismes paraétatiques ;
– le contrôle des leviers stratégiques, notamment le ministère des Finances ;
– et la gestion du portefeuille du Port, également détenu par Navin Ramgoolam, dont l’absence quasi permanente sur ce dossier stratégique est de plus en plus relevée et questionnée.

Ce cumul de responsabilités, sans présence politique visible ni impulsion claire sur des secteurs aussi sensibles que les Finances, la police et le Port, alimente le sentiment d’un pouvoir excessivement centralisé mais insuffisamment incarné, renforçant le malaise au sein même de l’alliance et dans l’opinion publique.

À cela s’ajoute un passif politique lourd, hérité de l’échec de l’alliance PTr–MMM en 2014, autour du projet de Deuxième République rejeté par l’électorat. Cet épisode continue d’alimenter une méfiance structurelle entre les deux hommes, particulièrement dès lors qu’il est question du partage du pouvoir et de l’orientation des réformes institutionnelles.

Dans ce contexte, il devient légitime de qualifier l’actuel exécutif de gouvernement de transition ,non pas au sens constitutionnel, mais au sens politique. Un gouvernement mis en place pour clore une séquence, plus que pour en ouvrir clairement une nouvelle. L’alliance gouverne, mais peine à incarner une vision fédératrice à long terme, donnant le sentiment d’un pouvoir exercé davantage par défaut que par adhésion populaire profonde.

Cependant, toute cassure de l’Alliance du Changement ne serait pas sans conséquences. Elle pourrait entraîner une partie seulement des élus du MMM ,rien ne garantit que tous suivraient automatiquement leur leader , vers les bancs de l’opposition. Un tel basculement aurait pour effet de renforcer considérablement l’opposition parlementaire, en lui donnant davantage de moyens politiques et institutionnels pour faire émerger des dossiers sensibles restés jusqu’ici sans réponse, tout en accentuant la pression et l’embarras politique sur les rescapés de l’alliance au pouvoir.

Ainsi, derrière les appels à l’unité et à la stabilité, le discours de Paul Bérenger sur un « nouveau départ » révèle un bras de fer politique feutré mais réel avec Navin Ramgoolam. Une fois le MSM écarté, l’alliance se retrouve confrontée à une question centrale : était-elle conçue pour gouverner durablement ou uniquement pour gagner une élection ?

L’année 2026 apparaît dès lors comme un test de vérité : soit un rééquilibrage sincère donne un second souffle à l’alliance, soit elle confirme son caractère transitoire ,un gouvernement de passage, exposé à une opposition renforcée et plus offensive, en attendant que le pays trouve enfin un gouvernement digne de ce nom, capable d’incarner une vision claire, stable et rassembleuse pour Maurice.

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Alain Malherbe
Alain Malherbe
Alain Malherbe est une personnalité publique mauricienne reconnue pour ses prises de position franches sur la gouvernance et les enjeux de société, promouvant la transparence et la participation citoyenne à la vie démocratique.
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[Opinion] Ramgoolam-Bérenger : l’éternel duel!

Depuis plusieurs mois, les relations entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam sont marquées par des tensions persistantes, malgré leur alliance au pouvoir au sein de l’Alliance du Changement.

En décembre 2025, Paul Bérenger déclarait que 2026 serait une année décisive pour le MMM, un message perçu comme un avertissement politique clair. Début 2026, il a réitéré publiquement ses préoccupations en appelant à un « nouveau démarrage » de l’alliance gouvernementale, estimant que plusieurs dysfonctionnements internes, déjà signalés, n’avaient toujours pas été corrigés.

Ces tensions mettent en lumière une réalité plus profonde : l’Alliance du Changement apparaît de plus en plus comme une alliance dénaturée, dont l’objectif premier était avant tout d’écarter le MSM du pouvoir, plutôt que de bâtir un projet politique commun, structuré et durable. Construite sur une nécessité électorale, cette coalition a atteint son but immédiat, mais se heurte désormais à ses propres contradictions internes une fois l’adversaire politique neutralisé.

Les lignes de fracture portent essentiellement sur la gouvernance et l’exercice réel du pouvoir :

– la méthode et le rythme de prise de décision ;
– la centralisation des arbitrages ;
– les promesses électorales non tenues ;
– la police et les questions de law and order ;
– les nominations dans les institutions et organismes paraétatiques ;
– le contrôle des leviers stratégiques, notamment le ministère des Finances ;
– et la gestion du portefeuille du Port, également détenu par Navin Ramgoolam, dont l’absence quasi permanente sur ce dossier stratégique est de plus en plus relevée et questionnée.

Ce cumul de responsabilités, sans présence politique visible ni impulsion claire sur des secteurs aussi sensibles que les Finances, la police et le Port, alimente le sentiment d’un pouvoir excessivement centralisé mais insuffisamment incarné, renforçant le malaise au sein même de l’alliance et dans l’opinion publique.

À cela s’ajoute un passif politique lourd, hérité de l’échec de l’alliance PTr–MMM en 2014, autour du projet de Deuxième République rejeté par l’électorat. Cet épisode continue d’alimenter une méfiance structurelle entre les deux hommes, particulièrement dès lors qu’il est question du partage du pouvoir et de l’orientation des réformes institutionnelles.

Dans ce contexte, il devient légitime de qualifier l’actuel exécutif de gouvernement de transition ,non pas au sens constitutionnel, mais au sens politique. Un gouvernement mis en place pour clore une séquence, plus que pour en ouvrir clairement une nouvelle. L’alliance gouverne, mais peine à incarner une vision fédératrice à long terme, donnant le sentiment d’un pouvoir exercé davantage par défaut que par adhésion populaire profonde.

Cependant, toute cassure de l’Alliance du Changement ne serait pas sans conséquences. Elle pourrait entraîner une partie seulement des élus du MMM ,rien ne garantit que tous suivraient automatiquement leur leader , vers les bancs de l’opposition. Un tel basculement aurait pour effet de renforcer considérablement l’opposition parlementaire, en lui donnant davantage de moyens politiques et institutionnels pour faire émerger des dossiers sensibles restés jusqu’ici sans réponse, tout en accentuant la pression et l’embarras politique sur les rescapés de l’alliance au pouvoir.

Ainsi, derrière les appels à l’unité et à la stabilité, le discours de Paul Bérenger sur un « nouveau départ » révèle un bras de fer politique feutré mais réel avec Navin Ramgoolam. Une fois le MSM écarté, l’alliance se retrouve confrontée à une question centrale : était-elle conçue pour gouverner durablement ou uniquement pour gagner une élection ?

L’année 2026 apparaît dès lors comme un test de vérité : soit un rééquilibrage sincère donne un second souffle à l’alliance, soit elle confirme son caractère transitoire ,un gouvernement de passage, exposé à une opposition renforcée et plus offensive, en attendant que le pays trouve enfin un gouvernement digne de ce nom, capable d’incarner une vision claire, stable et rassembleuse pour Maurice.

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Alain Malherbe
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Alain Malherbe est une personnalité publique mauricienne reconnue pour ses prises de position franches sur la gouvernance et les enjeux de société, promouvant la transparence et la participation citoyenne à la vie démocratique.